
La Mort
L’inspiration
Personne ne m’a libérée
aucune sœur.
Je dois le faire moi
mais grâce à toi qui m’a précédée
je ne suis pas hors-la-loi.
Et que vais-je te laisser
à toi qui viens ?
quelle (fausse) paix
quelle (fausse) guerre ?
Comme les autres avant moi
je suis effacée
– unie au réseau du vivant –
Dis-moi, feras tu mieux qu’eux·elles tou·te·s ?
Aboliras-tu le sacrifice ?
Quand vient L’Affranchie
L’Affranchie vient rarement par surprise. Nous savons que nous sommes en train de changer de cycle. Elle le confirme. La transformation peut être majeure, dans notre carrière, notre situation personnelle ou notre santé. Elle peut être plus subtile, dans nos schémas, nos façons d’agir et nos croyances.
L’Affranchie peut aussi venir nous questionner sur nos asservissements et nos libérations, nous inciter à entreprendre un sevrage, de substance, d’obsession ou de relation. Elle nous incite à oser recommencer, faire le grand saut. Parfois, quand se libérer semble trop difficile, il ne faut pas le faire pour soi mais pour les autres, comme l’Affranchie pour ses sœurs.
Enfin, l’Affranchie peut aussi, tout simplement, venir célébrer le printemps ou nous rappeler qu’un printemps est en train d’arriver.
La Symbolique
Cette carte a été la première carte créée du Tarot de la Voyageuse, le véritable “incipit”. Comme dans le calendrier hébraïque -ou dans nos vies multiculturelles- qui a plusieurs “nouvel an”, c’est un des quatre débuts du jeu.
L’Affranchie correspond à la carte de “La Mort” dans le tarot traditionnel.
La mort de l’ancien est le départ du nouveau. Mais il faut commencer par mourir, par s’affranchir.
La mort peut être perçue au travers de trois perspectives :
- Ce qui est en train de se terminer, le seuil du changement où l’ancien disparaît, le crépuscule.
- L’état de mort lui-même, l’inertie.
- Ce qui est en train de renaître, le seuil du changement où l’ancien apparaît, l’aube, le printemps.
L’Affranchie est une carte du printemps, du nouvel an iranien, le Norouz, de pâque, et notamment de la pâque juive, Pessah’.
Le thème de l’affranchissement, de la libération, est en effet celui de Pessah’, fête de la libération des Hébreux, esclaves du Pharaon en Egypte.
Le peuple libéré n’est pas le peuple libre : la libération n’est pas la liberté.
Être “Affranchie” est un état qui ne garantit rien de plus que la victoire de la sortie de l’esclavage.
Avoir été esclave laisse des stigmates, des traumatismes et des séquelles avec lesquels il faut composer. Un drogué peut cesser de consommer et devenir sobre. Peut-être devra-t-il quand même vivre avec une hépatite ou un sida. Peut-être ne pourra-t-il jamais rattraper les années d’éducation ou de carrière perdues. Peut-être devra-t-il, pour le reste de sa vie, prouver aux siens qu’il est fiable et reconquérir leur confiance continuellement, vingt-quatre heures après vingt-quatre heures.
Il y a une paix à faire avec son statut d’Affranchie. Cette paix est celle de La Réconciliée, la carte suivante.
L’Affranchie doit apprendre à composer avec le réel pour y trouver une place qui la contente et qui l’épanouit. Une autre promesse émerge, différente de celle qu’elle imaginait dans son esclavage. Elle change de rêve, de vision, d’objectif.
Comme la carte de “La Mort” dans le tarot traditionnel, l’Affranchie est un squelette. Mais, ici, le squelette est une structure. Une conscience.
L’Affranchie est-elle en train de se décomposer ou bien en train de ressusciter ? D’ailleurs, le bouclier et les armes à terre ont-ils été posés après le combat ou bien sont-ils à sa disposition pour le chemin qui l’attend et les conquêtes qu’elle devra entreprendre ?
Sa peau qui se confond presque avec l’écorce des arbres est-elle le signe du retour de la matière de son corps à la matrice première ou bien le symbole de sa connexion intime avec les forces sylvestres ? Elle est connectée aux arbres par la peau tout comme elle est connectée avec le rhizome des racines souterraines à partir des faisceaux d’énergie qui émanent de la plante de ses pieds. Quoi qu’il en soit, morte ou ressuscitée, elle est la forêt.
En miroir de son squelette, dans son dos, sont dressées les chaînes qu’elle portait quand elle était esclave. Elle garde d’ailleurs encore à son poignet droit le bracelet de cette chaîne. Elle a juste brisé le maillon qui retenait ce bracelet au reste de l’armature.
Le squelette de chaînes est brisé à un second endroit : au point d’attache, en haut de la pierre tombale, là où une première femme tend la main aux autres pour les aider à s’extraire de leur condition d’anonymes sacrifiées.
La Farandole des Affranchies anonymes fait écho à la Farandole de la Vie de la carte des Équipières qui ont conquis le monde par leur sororité et leur solidarité. La libération est collective. Elle ne peut être clamée au nom de l’exception de quelques femmes qui ont composé avec le système patriarcal établi.
Comme au jour promis de la Résurrection des morts dans l’eschatologie juive, ces femmes sortent d’un monceau de squelettes qui composent une des strates de la terre.
Peut-être est-ce cela la limite de la liberté de l’Affranchie. Elle ne sera vraiment libre que lorsque toutes les femmes seront libres. Elle est semblable au bodhisattva tibétain qui choisit de rester dans le cycle du samsara jusqu’à ce que tous les humains soient libérés de la souffrance plutôt que d’entrer dans la paix du nirvana qui est pourtant à sa portée.
La pierre tombale que doivent surmonter la Farandole des Affranchies porte une inscription en hébreu et un texte en français.
Le texte français parle du destin de l’Affranchie : “Elle n’est pas morte dans le désert, elle n’est pas entrée en terre promise”. Il ne dit rien de la suite de son histoire. Est-elle devenue l’Ascendante qui transcende la mort et se transforme en être de lumière ? A-t-elle tout simplement fondé son foyer dans une terre verdoyante, terre de l’Amour, comme la Chuchoteuse qui a appris à apprécier pleinement la joie que chaque jour apporte à sa façon ? Ce qui est certain, c’est que l’étape qui suit est celle de la Réconciliée et de son coin de paradis.
Le texte hébraïque est composé de deux parties. La première sont des mentions traditionnelles, des acronymes qui disent “Ici est enterré.e [nom]. Que son âme soit reliée au faisceau de la vie.”
La seconde partie est une épitaphe qui est adressée à ICHA. Icha, c’est l’épouse d’un homme, c’est aussi LA femme, la condition féminine.
L’ambiance de la carte est en partie une ambiance hivernale nordique. Le soleil est un soleil à la Munch. La cascade est gelée, certains arbres givrés. Ce froid n’est pas le froid de la mort mais juste d’une saison. Quand vient le printemps, l’hiver est encore là.
Dans cette carte se retrouvent beaucoup d’éléments éparpillés dans d’autres cartes, en particulier le bateau magique, Skidbladnir, avec lequel elle a commencé/commencera son chemin, nue, encore ou déjà, en Conquérante.
Du sang coule de son utérus tout comme le sang coule du cœur arraché de la sacrifiée de la carte de Celui qui trône. Le cœur de l’Affranchie est au centre de son thorax : ce n’est pas un cœur physique mais le chakra du cœur, siège de l’amour, de la compassion et de la guérison.
La lettre associée à l’Affranchie est le Mem [מ] Il renvoie à mayim, les “eaux”, l’élément des sentiments mais aussi le liquide matriciel. On dit que la forme du Mem, un cercle presque fermé avec un espace en son centre, renvoie à l’espace utérin. Ici, la matrice, c’est la terre, à laquelle s’unit l’Affranchie pour renaître.
La valeur de la lettre Mem est 40, comme les quarante années d’errance dans le désert des hébreux affranchis par le Pharaon après l’intervention divine. Notons que ce n’est pas Diesse qui peut donner la liberté aux hommes. Iel peut juste les affranchir.
40 est le chiffre du changement de cycle.
Dans le tarot traditionnel, “La Mort” porte le chiffre 13.
13 est un nombre qui effraie, attribué par la superstition à la malchance. Il ne peut pas être divisé, c’est pourquoi il est associé au début d’un nouveau cycle, donc à la fin de l’ancien. Pourtant, 13 se “réduit” en 4. La réduction correspond à l’addition des chiffres d’un nombre. Et 4 est le chiffre de l’harmonie et de la stabilité. 13 est promesse d’une nouvelle stabilité.
La rune reliée à la carte est Eoh [ᛇ], l’If, symbole de mort et de naissance, le passage nécessaire entre la perte et le renouveau.
Cette carte est un exemple de l’explication complète d’une arcane dans le livre du Tarot de la Voyageuse. Dans le site, c’est la seule carte qui n’a pas été synthétisée.
